La tempête Xynthia a ravagé les côtes atlantiques dans la nuit du 27 au 28 février 2010, touchant de plein fouet les départements de Charente-Maritime et de Vendée. Deux départements qui disposent d’une infrastructure de données géographiques (IDG), sans compter Geopal, le dispositif des Pays-de-la-Loire dont fait partie la Vendée. Comment ces trois IDG ont-elles été sollicitées et quel peut être leur rôle dans les premières heures qui suivent une crise aussi sévère ? Nous avons posé la question à quelques géomaticiens impliqués.
Images SPOT 4 de la Rochelle : le 18 août 2009 à gauche, le 2 mars 2010 à droite (© SPOT Image)
Il ne s’agit pas ici de revenir sur les moyens géomatiques qui ont été mis en œuvre dans les organismes en charge de la crise liée à la tempête. Moins d’une semaine après le passage de Xynthia, il est encore bien trop tôt pour tenter de dresser un bilan des actions des services d’incendie et de secours ou des cellules de crise en préfecture, plutôt bien équipées. Nous avons simplement voulu savoir quel rôle les géomaticiens des IDG départementales et régionales avaient joué et comment ils avaient pu mobiliser leurs ressources.
Impuissance en Charente-Maritime
Premier constat, la situation est très différente entre la Charente-Maritime et la Vendée. Le syndicat Informatique 17 qui anime la géo-plateforme départementale a été lui-même victime de la tempête. Installé dans les locaux du conseil général, tout proche de la mer, il s’est retrouvé sans électricité, sans téléphone et sans informatique pendant plusieurs jours, le sous-sol du bâtiment ayant pris l’eau. Mercredi 3 mars, le téléphone n’était toujours pas rebranché et le service venait à peine de récupérer son accès interne au serveur géographique, Internet étant attendu pour le lendemain. Le SI 17 n’a pas été sollicité et ses permanents, même équipés de téléphones portables, n’ont pu que se contenter de suivre les informations dans les médias pour apprendre que des photographies aériennes et des vidéos auraient été prises. Ils ont également su que l’IGN s’engageait à mettre ses données à la disposition des acteurs publics. Bref, ils ont dû ronger leur frein en ayant un grand sentiment d’inutilité.”Nous disposons pourtant de quelques informations sur le littoral, notamment sur la zone de Marennes Oléron, qui nous sert de site pilote par rapport à notre projet de base de données sur l’érosion côtière et le risque de submersion, mais l’essentiel du travail reste à faire”, commente Emmanuel Jobin du SI 17. Il a fallu attendre le 4 mars pour que le SI 17 soit sollicité par le Conseil général pour définir une méthodologie d’évaluation des dégâts sur les infrastructures de protection contre la mer. Depuis, l’urgence de la constitution d’un véritable système d’information littoral semble avoir été comprise, et des crédits pourraient être dégagés rapidement.
Forte mobilisation en Vendée
En Vendée, la mobilisation a été toute différente. Dès le lundi 1er mars au matin, la chambre des métiers a envoyé son fichier des artisans afin que le service GéoVendée les géocode, complétant ainsi l’information sur les entreprises, élément important dans la première analyse financière de la crise. Côté Geopal, l’IDG régionale des Pays-de-la-Loire, la mobilisation a permis d’entamer les négociations, également dès le lundi, d’une licence multi-utilisateurs des images SPOT 4 qui ont été acquises le 2 mars et utilisées dans le cadre du programme GMES Safer afin de réaliser une première cartographie de la zone inondée (effectuée par le Sertit à Strasbourg). C’est le parc du Marais-Poitevin qui a assuré le financement. Les scènes ont été disponibles dès le jeudi, et Geopal a prévenu ses adhérents afin qu’ils puissent les télécharger directement depuis le site de Spot image. “Même si ces images sont très importantes, elles ne sont pas suffisantes pour une évaluation précise des zones inondées, car l’eau s’était déjà en partie retirée le mardi matin”, précise Christophe Nicolle, l’animateur de Geopal. C’est en partie pourquoi les géomaticiens de Geopal et de GéoVendée se sont aussi mobilisés pour accompagner les pompiers, GPS en main, afin d’effectuer un relevé précis des zones inondées. Christophe Nicolle est pompier volontaire ainsi qu’un des géomaticiens de GéoVendée, ce qui assure un lien étroit entre le service géomatique du SDIS de Vendée et les deux IDG. “J’ai fait un peu le tour de tous les géomaticiens disponibles pour nous aider, mais cette activation du réseau humain mériterait d’être mieux formalisée “, note l’animateur de Geopal. En effet, dans la semaine qui a suivi l’inondation, toutes les actions menées l’ont été spontanément, en dehors de toute hiérarchie ou mission officielle.
Les limites des interventions sur le terrain
L’intervention sur le terrain de moyens géomatiques au plus près de la crise est certainement souhaitable, mais elle a également ses limites comme le rappelle Christophe Nicolle : “Nous sommes face à une crise très brutale et sévère. Dans un premier temps, les moyens aériens doivent d’abord être mobilisés pour sauver les gens, pas pour prendre des photos. De même, il n’est pas question d’aller faire des relevés GPS quand des gens ont encore besoin d’une aide urgente pour évacuer l’eau”. Xynthia illustre ainsi l’importance de la constitution d‘informations à distance et de la mobilisation de données déjà existantes. Mais cette expérience montre également l’importance du réseau humain que représentent les IDG et la nécessaire reconnaissance dont elles doivent bénéficier, pour être “mobilisables” en cas de crise.