Les sixièmes rencontres des dynamiques régionales qui se sont tenu à Clermont-Ferrand mi-juin ont accueilli près de trois cents personnes sur deux jours. Cette affluence montre que l’événement, initié par l’Afigéo, est désormais bien inscrit dans le paysage géomatique national. Il est également la preuve que cet échelon est capital dans l’organisation nationale. Car les acteurs régionaux, qu’ils viennent de la sphère de l’État, des collectivités ou du privé, savent transcender leurs spécificités pour développer une vision commune et cohérente des infrastructures de données géographiques (IDG).
L’année de l’ANT
Francis Lamy, préfet de la région Auvergne et président du Centre régional auvergnat d’information géographique (CRAIG), hôte de cette édition, et René Souchon, président du conseil régional d’Auvergne ont tenu à accueillir les participants en rappelant leur engagement envers le CRAIG et son importance dans le développement de l’économie de la connaissance. Mais ils ont également tous les deux insisté sur l’aménagement numérique des territoires (ANT) qui semble bien être LE dossier de l’année. Le thème a d’ailleurs été abordé dans une table ronde la première journée puis dans un atelier le lendemain. Le développement des réseaux à haut débit représente à la fois une réelle opportunité pour des structures comme le CRAIG et un défi de taille. En effet, même si le sujet va sans doute permettre d’abonder les budgets des IDG, il va falloir mettre de nombreux acteurs (privés et publics) autour de la table et les aider à construire un référentiel commun très détaillé, cohérent avec les autres bases nationales et régionales. Nous reviendrons sur ce dossier dans les mois à venir en présentant les expériences concrètes de certaines régions.
L’exemple auvergnat
Le CRAIG a été créé en 2007. Il rassemble l’État et le conseil régional (unis par un contrat de projet État-région alias CPER), les quatre conseils généraux (Allier, Cantal, Haute-Loire et Puy-de-Dôme) et les communautés d’agglomération d’Auvergne (Bassin d’Aurillac, Clermont-Ferrand, Montluçon, Moulins, le Puy en Velay et Vichy-Val d’Allier). Devenu le premier GIP e-administration entièrement dédié à l’information géographique le 12 avril 2011, le CRAIG vient d’intégrer l’IGN comme partenaire à part entière, une initiative dans la droite ligne de la nouvelle stratégie de l’institut, comme l’a rappelé Patrice Parisé, son directeur général, également présent. Cette intégration de l’IGN au cœur même d’une IDG régionale va accélérer l’enrichissement et la mise à jour du RGE.
Frédéric Deneux, directeur du CRAIG a présenté les deux principaux projets d’acquisition de données menés au cours des derniers mois. La prise de vue aérienne régionale à 30 cm de résolution est désormais complète et renouvelée sur les départements les plus anciens. Son financement (500 000 €) a été assuré par un fonds FEDER et par le CRAIG. L’approche a permis de réaliser de sérieuses économies et s’est effectuée en collaboration étroite avec l’IGN qui a utilisé la prise de vue pour constituer la BD Ortho et alimenter le Géoportail. Un modèle numérique de terrain d’une grande précision a également été créé sur la chaîne des Puys grâce à un levé Lidar. Ce projet a été mené en partenariat avec la communauté scientifique (université, laboratoires de recherche, associations) et a, là encore, bénéficié d’un financement mixte (CRAIG, conseil général du Puy-de-Dôme, FEDER). L’appel d’offres a été lancé en novembre 2010, les levés ont été effectués courant mars 2011 et les résultats devraient être très prochainement disponibles à l’heure où nous écrivons. Initié dans l’optique du classement de la Chaîne des Puys au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce MNT va à la fois permettre de mieux comprendre la structure des volcans, de surveiller leur activité et de faciliter l’identification de vestiges anthropiques (recherche archéologique) comme l’ont expliqué Philippe Labazuy et Bertrand Dousteyssier de l’université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand lors de l’atelier consacré à la 3D.
Collaboration en action
Après le « faisons connaissance » des premières éditions, puis le « suivez mon exemple » de ces dernières années, voici venu le temps de la collaboration entre les différentes structures d’animation régionale. Le réseau des CRIGEs est désormais bien en place et tourne à plein régime comme est venu le rappeler Michel Debord de la CCI du Gers. Né d’une opportunité liée au montage d’une IDG en Midi-Pyrénées, le réseau est aujourd’hui pleinement rattaché à l’Afigéo. Avec 43 participants répartis dans toute la France (venant de 18 régions) représentant aussi bien l’État que les collectivités locales, il fonctionne essentiellement par réunions téléphoniques mensuelles et via son site intranet, qui compte aujourd’hui près d’une centaine de documents partagés ou élaborés en commun. Les structures juridiques et la gouvernance des plates-formes, l’analyse coûts-bénéfices d’INSPIRE, la mise à disposition des données du RGE… autant de sujets qui ont fait l’objet d’une véritable réflexion collective alimentée par des rencontres avec les acteurs clé du sujet. Thomas Pourtier de l’APEM (Pyrénées) a d’ailleurs présenté la synthèse du travail mené sur les fonctions des plates-formes Web d’animation régionale (voir encadré). Tous les participants semblent apprécier cette démarche, ainsi que l’a, par exemple, souligné Philippe Heroguer, responsable observatoire et géomatique à la PPIGE du Nord-Pas-de-Calais, qui y voit un « effet d’entraînement et de capitalisation des savoirs », qui a permis à son IDG d’intégrer de nouvelles fonctions dans son site Web par exemple. Pour les structures qui démarrent, la participation au réseau est un moyen de gagner de précieux mois dans la mise en œuvre concrète de différents projets, sans rien renier du contexte local dans lequel elles opèrent.
Cette collaboration transcende désormais l’action de ses membres. Ainsi, les travaux menés sur l’interopérabilité et les liens tissés entre organisations voisines permettront sans doute de proposer des solutions d’affichage continu des données entre régions limitrophes. Les solutions choisies, si elles sont mises en œuvre collectivement, pourraient également imposer des standards de fait. Pivots dans la mise en œuvre d’INSPIRE et dans la diffusion du RGE, les IDG régionales savent maintenant qu’aucune infrastructure nationale ne pourra se construire sans elles. Le rapprochement avec l’IGN va d’ailleurs dans ce sens. Malgré les appels à une loi sur l’information géographique qui émaillent toujours ce genre de réunion, les IDG régionales ont déjà pris concrètement le pouvoir. Et qu’importe ce que sera le CNIG dans les prochaines années, autre sujet d’inquiétude récurrent. Lui aussi devra prendre en compte cette nouvelle dynamique collective.
Pour en savoir plus :
Synthèse des rencontres, supports et photos accessibles sur le site de l’Afigéo : ww.afigeo.asso.fr