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Nous avions prévu de vous proposer un dossier sur les problématiques de spatialisation liées au nouveau recensement de la population. Malheureusement, vous ne trouverez pas grand chose sur le sujet dans les pages qui suivent. Il est manifestement trop tôt pour en parler de façon précise, aussi, nous préférons attendre et reporter notre dossier de quelques mois. Mais cela ne nous empêche pas de situer le contexte.

C’est en 2004 que le nouveau recensement de la population a été effectivement lancé par l’INSEE, après des années de préparation minutieuse. Recensement dit "en continu", il remplace l’enquête exhaustive qui était menée tous les 8 ou 9 ans, par des enquêtes annuelles, effectuées par sondage. L’objectif est de fournir des informations plus "fraîches" et prenant en compte les nombreux changements qui peuvent se produire en 9 ans.
Une mécanique complexe
La méthode utilisée par l’INSEE varie en fonction de la taille de la commune. Les communes de moins de 10 000 habitants font l’objet d’une enquête exhaustive tous les 5 ans. Dans chaque région, les communes sont réparties en 5 groupes homogènes (en termes de population totale et de grandes caractéristiques) mais dispersés géographiquement. Chaque année, l’enquête porte sur l’ensemble des communes d’un groupe. Puisque la moitié de la population vit dans des communes de moins de 10 000 habitants, ce sont 6 millions de personnes qui sont interrogées chaque année, soit environ 10 % de la population nationale. Dans les communes de plus de 10 000 habitants, les enquêtes sont menées annuellement par sondage, réalisé par tirage au sort des adresses du Répertoire des Immeubles Localisés (RIL). Dans ce cas, ce ne sont pas communes qui sont réparties en 5 groupes homogènes mais les immeubles de façon à couvrir tout le territoire communal. Chaque année, un sondage est effectué sur 40 % des logements d’un groupe, ce qui représente au total 8 % de la population communale. En 5 ans, tous les groupes auront fait l’objet d’une enquête sur la base du sondage et 20 % de la population des communes de plus de 10 000 habitants aura rencontré un enquêteur. Des mécanismes ont été mis en place par l’INSEE pour s’assurer que les sondages successifs effectués dans chaque groupe d’immeuble ne porteront pas toujours sur les mêmes individus. Au total, 8,5 millions de personnes seront recensées chaque année, soit environ 14 % de la population.
Mais des produits encore flous
Cette mécanique complexe va permettre à l’INSEE, à partir de fin 2008 de proposer toute une série de produits spatialisés plus ou moins finement. Les données ne peuvent pas être disponibles avant, puisqu’il faut attendre un cycle de 5 ans avant de produire les premiers résultats. Ensuite, des résultats seront proposés chaque année. En attendant, à chacun de se débrouiller en réalisant des extrapolations. Les professionnels qui utilisent les données INSEE ne savent pas grand-chose des produits qui vont sortir. En effet, si le découpage des IRIS 2000 reste acquis, il pourrait subir quelques changements comme l’indique le Hors Série de l’INSEE baptisé "Pour comprendre le recensement de la population" (accessible surwww.insee.fr). "Le découpage de 1998-1999 en IRIS-2000 a été soumis à l’approbation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), notamment en ce qui concerne les IRIS comptant moins de 2 000 habitants. La CNIL a accepté qu’un toilettage du découpage en IRIS intervienne en 2006 ou 2007 dans les communes où les informations issues des premières enquêtes de recensement montreront que le découpage de 1998-1999 n’est plus pertinent. Cela permettra de produire dans un découpage actualisé les résultats infracommunaux prévus à partir de fin 2008."
Beaucoup de questions en suspens
Ce nouveau mode de recensement a de nombreuses implications en termes de spatialisation. Toutes ne sont pas simples à prendre en compte. Par exemple, le recours au sondage ne risque-t-il pas d’agir sur la précision de certaines données qui caractérisent la population ? (CSP, âges, conditions de logement…). Tous les tableaux que les utilisateurs ont connus par le passé seront-ils disponibles et mis à jour chaque année ? Se pose également la question du millésime des résultats. Les premiers résultats publiés en 2008 prendront en compte les données recueillies pendant 5 ans. Pour la plupart des communes, les données devront être extrapolées (vers le passé ou vers l’avenir) pour représenter une année "moyenne", 2006.
L’INSEE est parfaitement conscient de ces interrogations, comme le montre le chapitre sur les produits du recensement : "Le détail d’information à la fois utile et fiable au niveau infracommunal mérite réflexion. Les tableaux des recensements généraux de la population offraient un grand détail de données au niveau de l’IRIS et même de l’îlot. Principalement utilisés pour la recomposition de territoires plus vastes, ils n’en conduisaient pas moins certains utilisateurs à être abusés par l’illusion de précision d’un nombre absolu et à s’en servir à des niveaux géographiques très fins. Or, même exhaustif, le recensement n’était pas « parfait » et pouvait souffrir de certaines incertitudes, tant en ce qui concerne le dénombrement de la population que, plus encore, la déclaration précise de ses caractéristiques. De plus, la stabilité temporelle de données n’est naturellement pas assurée au fil des ans sur des groupes de petit effectif et donc très sensibles aux comportements individuels." (page 21 chapitre D). Certains produits et leur échelle de diffusion sont encore à l’étude. Si l’INSEE rencontre régulièrement ses utilisateurs, ils devront rester encore quelques mois dans le flou, pendant que des tests techniques se poursuivent.
Laissons les auteurs de ce Hors-Série sur le recensement conclure cette absence de dossier :"Le système produira chaque année une information abondante à partir de 2009 mais, d’ici là, le nouveau recensement peut apparaître comme une machine absorbant énormément d’informations individuelles et ne restituant que peu de statistiques." (Page 36, chapitre D) Dès que nous en saurons plus, nous ouvrirons le dossier pour que les géomaticiens puissent se préparer au plus tôt à une exploitation optimale des résultats du recensement.