Depuis 20 ans, Géo-Evénement (qui s’appelait MARI jusqu’en 2000), rassemble chaque printemps les professionnels de l’information géographique. Ce rendez-vous a su s’inscrire dans la durée, mais il doit en permanence se remettre en cause sur un marché complexe.

Edition 2003 : Marina Carrère d’Encausse et Michel Cymes remettent les trophées des geo d’Or sur le thème de la santé.
Une histoire mouvementée
« Lors de la première édition en 1988, il y avait 150 visiteurs » se rappelle Jean-Paul Gillet, gérant d’Ortech et organisateur de MARI puis de Géo-Evénement. Le pari, alors, était un peu fou. Le nom même du salon (MAchine, Réseau et Image) montrait que le concept d’information géographique n’était pas encore fixé. « Il a fallu attendre les années 92 et 93 pour que le salon commence réellement à se développer » complète le commissaire général. Petit à petit, l’audience s’est développée, tant du point de vue des exposants que des visiteurs. Le salon a alors commencé sa balade parisienne depuis la Porte de Champerret jusqu’à la Porte de Versailles en passant successivement par le CNIT, le Carrousel du Louvre et le Palais des Congrès. La manifestation a toujours eu du mal à se sentir à l’aise dans ces lieux d’exposition. Alors que les visiteurs du salon et les exposants se félicitaient du Carrousel du Louvres, les auditeurs des conférences devaient s’entasser dans des salles bruyantes. La situation s’est inversée au Palais des Congrès. La porte de Versailles semble d’ailleurs être un compromis bien moyen : un hall trop grand (et parfois trop frais) pour les exposants, quelques salles de conférence confortables, mais parfois trop étroites. Grâce à une petite équipe d’organisation indépendante et convaincue, Géo-Evénement a su s’imposer progressivement comme Le rendez-vous annuel des professionnels de l’information géographique, et ce, sans aucune subvention publique. Alors que « SIG-GIS » n’aura vécu que quelques éditions dans les années 90, que l’information géographique s’est installée pour quasiment disparaître du Salon des Maires, Géo-Evénement a tenu bon, accueillant autour de 3 000 visiteurs chaque année. Nous y avons tous vécu des moments forts : concours médiatisés, fous rires de potaches, conférences éclairantes, rencontres passionnantes, démonstrations « scotchantes », retrouvailles impromptues, discussions intenses … Il y a en pour tous à chaque édition.
Edition 2004
Un positionnement en équilibre précaire
Mais si chacun s’accorde sur l’importance de ce rendez-vous annuel, force est de constater que la formule ne fait plus l’unanimité. Les grands éditeurs « traditionnels » ne prennent plus de stand, se concentrant sur leurs propres opérations de type journées thématiques et « tours de France ». Les toutes petites entreprises qui font également la richesse du secteur n’ont pas forcément les moyens humains et financiers de participer. Paradoxalement, alors que le marché de l’information géographique s’étend, le nombre d’exposants diminue. Ils seront ainsi une petite cinquantaine cette année. Le nombre de visiteurs reste stable. Seules les conférences (à l’organisation desquelles SIG La Lettre participe activement !), semblent attirer de plus en plus d’auditeurs. Il nous paraît inutile de rechercher les causes de cette fragilité dans une mauvaise organisation du salon, ce que certains sont parfois tentés de faire (et personne ne nous a payé pour écrire ces lignes !). S’il n’était pas organisé par une petite entreprise comme Ortech, qui a pris le temps de s’imprégner des rouages de la profession, il y a bien longtemps que Géo-Evénement n’existerait plus : pas assez rentable pour les quelques multinationales qui détiennent la quasi totalité du marché des salons professionnels. Non, les causes sont ailleurs et bien plus complexes. Quelle est la place d’un salon professionnel à l’heure des démonstrations en ligne sur Internet ? Le principe même de la mutualisation des contacts qui fonde les salons est-il toujours souhaité par les exposants ? L’information géographique se répand sur de nouveaux marchés (la mobilité, Internet…) où elle ne joue qu’un petit rôle dans une offre technologique complexe. Est-il possible de rassembler des acteurs autour de cette petite composante ? Qui seraient les visiteurs d’une telle exposition ? Ceux qui ont un GPS dans leur voiture ou qui consultent un site de cartographie avant de partir en vacances ? Comment prendre en compte l’émergence de nouveaux modèles économiques ?
Du 8 au 10 avril 2008, Géo-Evénement fêtera ses 20 ans, autour de quelques problématiques fortes : Grenelle de l’environnement, conséquences d’Internet, open-source... Par son positionnement toujours en équilibre précaire, il concentre les contradictions mêmes du marché de l’information géographique. Ce qui est certain, c’est que les 20 prochaines années verront encore beaucoup de changements !
www.geo-evenement.org