Des scientifiques australiens ont fait une découverte surprenante fin novembre. Alors qu’ils naviguaient en pleine mer de Corail et qu’ils s’apprêtaient à longer les côtes de l’île Sable (Sandy Island), ils n’ont rien vu. L’île, pourtant bien indiquée sur les cartes, avait disparu ! Une situation moins exceptionnelle qu’il n’y paraît et qui montre qu’il ne suffit pas d’accumuler des données pour avoir la bonne information.
l’île Sable, telle que représentée sur Google Maps jusqu’au 22 novembre. Localisée vers 19°13’ Sud et 159°56’ Est. Vous pouvez vérifier, elle a aujourd’hui disparu.
L’île mystérieuse
Ils n’y ont vu que du bleu ! Les scientifiques partis récolter des fragments du rift australien, espéraient pourtant faire une bonne récolte sur l’île Sable, à mi-chemin entre l’Australie et la Nouvelle Calédonie. Officiellement située dans la zone économique exclusive de la France, elle apparaît pourtant sur de nombreuses cartes, certaines remontant jusqu’au XVIIIe siècle. Cartes météorologiques, grands atlas mondiaux, planisphères Michelin, Digital Chart of the world (DCW) et sa déclinaison en trait de côte (World Vector Shoreline - WVS)… La liste des documents (et bases de données) incluant cette île mystérieuse d’environ 25 km de long est longue ! Elle est également présente sur les globes virtuels. Par contre, les cartes de navigation officielles du SHOM (celles fabriquées à partir de relevés bathymétriques) ne la mentionnent pas et bien entendu, elle n’est visible sur aucune des centaines d’images satellitaires disponibles sur la zone.
La faute aux « Têtes brûlées »
Cette histoire nous rappelle que de nombreuses cartes sont réalisées à partir de cartes plus anciennes et qu’une erreur peut s’y propager pendant des années. « Les cartes SHOM sont justes, le problème c’est le WVS, distribué par le SHOM, en provenance de la NOAA, qui le tient de la NGA, qui l’a fait avec du DLMB, qui a été numérisé sur de vieilles JOG, qui ont été renseignées à partir des indications de Pepe Boyington et du Capitaine Crochet* », ironise Thierry Rousselin de GEO212. On ne saura sans doute jamais d’où vient l’erreur initiale, d’autant plus qu’elle a pu être étayée par certaines observations. « J’ai regardé les archives satellitaires sur la zone, depuis le lancement de Landsat, explique le consultant, et je me suis concentré sur les mauvaises images. Effectivement, il y a souvent des formations nuageuses à cet endroit, qui ont globalement la forme de l’île. »
Erreur cachée, erreur bien propagée
Mais cette histoire, aussi anecdotique soit-elle, est porteuse d’autres leçons. D’une part, la contradiction entre les relevés du SHOM et les nombreux documents cartographiques n’aurait pas perduré si la zone avait été l’objet d’un enjeu quelconque. Pour preuve, dès que l’attention médiatique a été portée sur l’île, les globes virtuels ont vite été corrigés, Google en tête. D’autre part, il est intéressant de noter que l’île apparaissait sur le globe virtuel par son trait de côte WVS, rempli de noir, formant un trou dans la couverture satellitaire. Ainsi, même chez Google, quand il y a contradiction entre l’imagerie satellitaire et la couche vectorielle officielle, c’est le vecteur qui l’emporte.
Bref, le big DATA ne protège ni des erreurs (et il y en a beaucoup du même type dans des coins reculés du monde) ni des incohérences et l’intelligence collective ne peut s’exercer que si on attire son attention !
* Pour celles et ceux qui ne parlent pas couramment le Rousselin, voici une traduction approximative : « Les cartes des services hydrographiques et océanographiques de la marine (SHOM) sont justes, le problème c’est la base vectorielle mondiale du littoral, distribué par le SHOM, en provenance de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), qui le tient de l’agence cartographique militaire des États-Unis (la NGA), qui l’a fait avec d’anciennes bases de données militaires générales, qui a été numérisé sur de vieilles cartes aéronautiques au 1/250 000, qui ont été renseignées à partir des indications des pilotes de chasse américain de la deuxième guerre mondiale, (comme celui qui est devenu le héros de la série télévisée « Les têtes brûlées »), voir plus anciennes encore » mais le schéma est encore plus facile à comprendre !
Pour en savoir plus :
Article paru dans un quotidien australien : http://www.smh.com.au/technology/te...
Article dans le Figaro : http://www.lefigaro.fr/sciences/201...
billet très complet sur le blog GeoGarage de Peio Ellisalde : http://blog.geogarage.com/2012/11/s...