Un rapport d’inspection pas tendre sur le RGE, un projet de géoportail (des projets de géoportail ?) qui mobilise de nombreuses énergies, suscitent des débats houleux tout en faisant la Une du journal télévisé. Un président d’association et par ailleurs élu qui appelle à la création d’une maison de la géomatique. Une directive européenne qui se préoccupe de diffusion d’information géographique. Uun Google Earth qui attire les médias et conquiert les français …
Tous ces petits événements forment un puzzle confus. Pourtant, en prenant un peu de recul, une nouvelle façon de placer l’information géographique dans la sphère publique se dessine peut-être. Enfin une révolution ?
Le RGE sur la sellette
Le petit monde de l’information géographique hexagonale est en pleine agitation. Du côté des institutions, on imagine facilement que les discussions ont dû être vives pour autoriser la mise en ligne sur le site du Conseil Général des Ponts et Chaussées (CGPC) d’une version, (certes expurgée de ses paragraphes les plus précis et des commentaires de l’IGN) du rapport d’enquête sur le RGE de l’IGN commandé par l’Inspection Générale des Finances, l’Inspection Générale de l’Administration et le CGPC. Que dit ce rapport qui circulait largement depuis décembre sous le manteau ? Il dénonce (une fois n’est pas coutume, mais cette fois-ci, ce sont de hauts fonctionnaires qui l’écrivent) le fonctionnement mi-commercial, mi-service public de l’IGN. Ce financement bancal impacte la politique tarifaire (données trop chères pour être des référentiels partagés), la définition même des composantes du RGE et entretient la confusion entre la fourniture de briques de base et la création de produits commerciaux. Le rapport milite également pour un rapprochement rapide entre la BD Parcellaire et le plan cadastral informatisé. Il appelle enfin l’Etat à prendre ses responsabilités en se dotant d’une véritable maîtrise d’ouvrage en matière d’information géographique. Ce que le rapport, que vous pouvez lire en ligne (également à la rubrique documents) ne mentionne plus, ce sont les nombreux paragraphes qui détaillent la politique tarifaire et l’utilisation de la subvention. Les inspecteurs et l’IGN semblent avoir chacun leurs modes de calcul, qui donnent, paraît-il, des résultats assez différents.
Le géoportail en pleine confusion
Le feuilleton du géoportail de l’administration française semble vivre les mêmes incohérences. On y retrouve le même scénario et quasiment les mêmes acteurs que dans le feuilleton RGE : un IGN qui avance seul pour remplir sa mission commerciale (disposer d’un site Internet d’aide à la vente avec un service découverte "à la Google Earth" pour assurer son succès), face à des administrations et des collectivités, rassemblées dans le comité de pilotage SIG de la DGME*, qui ont un autre projet. Leur géoportail (sorte de géo-services-publics) devrait faciliter l’accès aux données géographiques publiques pour les acteurs publics et préparer la France à INSPIRE, tout comme le RGE devait servir de référentiel à toutes les données métier. S’il est évident que l’IGN et le BRGM ont des éléments clé à apporter au projet national (navigation dans les données, catalogage et interopérabilité) et en sont des co-maîtres d’œuvre quasi naturels, la maîtrise d’ouvrage d’un tel projet n’est pas de leur ressort. La charte de fonctionnement présentée en comité de pilotage de la DGME, qui actait cette double maîtrise d’œuvre, semble mise à mal. Ce sont les désaccords qui occupent le plus les discussions, notamment sur la différentiation entre la partie "accès aux données publiques" et la partie "services payants" que la DGME et les ministères veulent individualiser dans des sites différents, alors que l’IGN n’y voit que les deux parties d’un même site (celui qu’il fait actuellement développer). Un arbitrage du Premier ministre n’est pas exclu pour "lever" les nombreuses confusions autour de ces deux projets. Décidemment, alors que le pilotage par la DGME semblait acquis, l’approche commerciale de l’IGN vient une fois de plus perturber le projet initial. Bref, un besoin insistant de maîtrise d’ouvrage étatique se fait une fois de plus sentir.
Les géomaticiens entrent dans le jeu
L’agitation qui avait prévalue à la naissance chaotique du RGE prend aujourd’hui des allures de frénésie. Les géomaticiens, qu’ils soient utilisateurs, acteurs, formateurs, industriels… se rassemblent et manifestent leur besoin de reconnaissance d’un métier un peu à part. Ils sentent bien que pour peser dans la balance de l’emploi, mais également dans celle du développement du secteur, ils ont besoin d’une structure porteuse forte, interlocuteur reconnu de l’Etat, pour un secteur qui doit être un minimum régulé. Quand Dominique Caillaud, président d’Afigéo et hôte des assises des géomaticiens parle de créer une maison de la géomatique où consultants, enseignants, responsables SIG des SDIS, des parcs ou des collectivités … pourraient se retrouver pour élaborer des stratégies communes, le public n’est pas loin d’applaudir.
Le jeu d’acteurs est d’autant plus complexe que le "grand public" commence à comprendre tout l’intérêt de l’information géographique en jouant les apprentis grâce à Google Earth.
Nous entrons sans doute dans une nouvelle ère de l’information géographique. Même si ceux qui ont compris qu’il s’agit d’une ressource d’information importante, devant être considérée comme une infrastructure de développement, sont encore peu nombreux, la sphère des convaincus s’étend peu à peu. Au plus haut niveau de l’Etat, les directeurs de services, d’établissement publics et les secrétaires généraux de ministères se rencontrent régulièrement pour en parler, pour confronter leurs attentes et leurs besoins, s’appuyant sur les innombrables notes rédigées par les "géomaticiens" de la première heure. Le premier clic du ministre de l’Equipement sur le géoportail (mais lequel ?) est annoncé pour le 29 juin. Au plus "bas niveau" (mais essentiel, comme le code dit "de bas niveau" est bien le cœur d’un logiciel), les internautes prennent l’habitude du zoom, du déplacement, de l’interrogation de bases de données spatiales. Des acteurs industriels majeurs (des Microsoft et des Google) entrent dans le jeu de l’information géographique forçant les réactions. L’information géographique quitte définitivement son petit cocon technicien pour entrer dans la sphère politique et sociétale…
Le virage est difficile à prendre et, face à cette multiplication de l’usage, le besoin d’une bonne tour de contrôle devient chaque jour plus essentiel. Comment s’assurer que tous ces avions d’usagers se partagent bien le ciel de la géomatique et éviter les accidents ? Comment s’assurer que les compagnies privées et publiques, "low cost" ou de luxe pourront co-exister pour couvrir une large gamme de destinations ? Doit-on prévoir une taxe d’aéroport ou une taxe sur les billets ? Beaucoup de questions encore sans réponse aujourd’hui !