La crise affecte-t-elle le monde de la géomatique ? Après les discours rassurants d’Autodesk et Bentley que nous avons évoqués le mois dernier, l’heure est au retour à la dure réalité économique. Ainsi, PB MapInfo et Autodesk annoncent des licenciements aux Etats-Unis (750 personnes pour Autodesk). Les acteurs français sont-ils déjà touchés et dans quelle proportion ? Nous avons posé la question à quelques patrons d’entreprises.
Le bon cru 2008
Les acteurs travaillant principalement dans le secteur public ont plutôt fait une bonne année 2008, avec une accélération sur les derniers mois, certes classique, mais qui a permis de boucler les objectifs. Certains projets ont par contre déjà été reportés ou "amaigris", sans impact sur le chiffre d’affaires 2008. En revanche, ceux qui ont plus de clients dans le secteur privé, commencent déjà à ressentir les effets du tassement économique. Ainsi, les professionnels du géomarketing ont vu les carnets de commandes des mondes de la banque, puis de l’automobile diminuer dès cet automne. Paradoxalement, les éditeurs et les sociétés de services proposant des solutions d’optimisation des flottes de véhicules ont bénéficié de la hausse du pétrole l’été dernier qui a favorisé les projets d’équipement, tandis que la contraction du marché du transport (fermeture de petites entreprises, rachats…) crée un manque à gagner. Ainsi, les effets positifs et négatifs semblent s’être globalement annulés en 2008.

Inquiétude montante
Cela n’empêche pas les acteurs d’être inquiets en ce début d’année 2009. Même si leur chiffre d’affaires n’est pas affecté, l’année démarre doucement et sans grande visibilité sur les mois à venir. Une situation habituelle en début d’année mais quelque peu renforcée en 2009, avancent certains. Si les entreprises savent qu’elles doivent se préparer à une année difficile, faire la part des choses entre un ralentissement réel et justifié de l’économie, et la frilosité qu’engendre le "climat" de crise est aujourd’hui un exercice délicat. Aussi, alors que certains ne vivent pas de tassement effectif de leur chiffre d’affaires, les embauches sont parfois gelées (mais pas partout) et les frais de fonctionnement observés à la loupe. Dans l’ensemble, les acteurs français ne peuvent qu’être attentifs pendant les mois à venir.
Crisis ? What crisis ? Un album de Supertramp paru en 1975
Des conséquences possibles
Nul besoin d’être devin pour annoncer que des restructurations auront lieu en 2009. Notre marché est essentiellement composé de petites entreprises, à la trésorerie fragile. Quand les banques deviennent frileuses, ce sont les petites entreprises qui toussent, d’autant plus que certains notent déjà des retards de paiement. Ceux qui ont les reins plus solides en profiteront certainement pour effectuer quelques opérations de croissance externe. Ainsi, Intercarto est officiellement en liquidation judiciaire depuis mi-janvier. Même si la crise ne peut expliquer à elle seule les difficultés de l’entreprise, elle a certainement joué un rôle d’accélérateur. Le ralentissement économique va toucher directement certains secteurs consommateurs d’information géographique (géomarketing) et les collectivités vont voir leurs budgets diminuer si les taxes professionnelles ne rentrent plus, car il est toujours facile de repousser un projet d’investissement informatique. Mais, si l’on en croit les éditeurs, nous sommes sur un secteur qui devrait se développer, crise ou pas crise, car il est au cœur du développement durable. Enfin, les entreprises misent sur des revenus récurrents (contrats de maintenance, abonnements…) et sur l’adéquation de leur offre aux besoins des clients (logiciels sous forme de services, solutions personnalisées) pour "passer" le cap. Elles ne semblent pas prêtes à revoir en profondeur leur stratégie et n’ont manifestement pas l’intention de remettre leur métier en question. Seules certaines ont d’ailleurs revu leurs objectifs à la baisse.
Reste ensuite à évaluer la dureté et la longueur d’un passage à vide qui semble inévitable. Car, au-delà du ralentissement réel de l’économie, la crise commence à fonctionner comme une prophétie autoréalisatrice. A force d’en parler dans tous les journaux (et nous ne faisons pas exception !), le climat de crise ne risque-t-il pas d’engendrer une baisse d’activité injustifiée ? Editeurs et sociétés de services se veulent rassurant et prêts à accompagner leurs clients.
Françoise de Blomac