Le salon RFID, dédié aux puces électromagnétiques, s’est tenu à Paris les 21 et 22 novembre derniers. Des étiquettes qui équipent les produits de grande consommation aux boîtiers multi capteurs bien plus sophistiqués, la technologie RFID semble être un marché plus que prometteur. Alors que les acteurs explorent toutes sortes de domaines d’applications, certains misent déjà sur le « geofencing » et le couplage entre RFID et géolocalisation.
Un marché au bord du démarrage
Les puces RFID (littéralement « identification par radio fréquence ») n’ont pas encore envahi notre vie quotidienne, mais elles sont devenues essentielles dans certains métiers comme la logistique. Ainsi, elles permettent d’assurer le suivi de containers, de palettes, de boîtes et paquets de toutes sortes. Force d’un secteur à peine émergent, toutes sortes de domaines sont explorés. Les puces RFID sont utilisées dans certains hôpitaux (identification de tous les équipements devant se trouver dans une salle d’opération, suivi des patients entrant aux urgences, suivi des échantillons pour les laboratoires d’analyses…), elles aident Air France à assurer un meilleur suivi des bagages sur certaines lignes et Marks & Spencers à optimiser ses inventaires. Chaque jour, des applications étonnantes sont annoncées et le sympathique lapin Nabaztag de la société Violet qui lit des histoires à vos enfants n’est que la partie émergée de l’iceberg des possibilités d’utilisation des puces RFID. Selon le cabinet d’études Frost & Sullivan le marché européen devrait atteindre 181,8 millions de dollars en 2013 contre 41 millions de dollars en 2006. Mais l’Europe reste un poids plume de ce domaine, bien plus actif aux Etats-Unis et en Asie du Sud-Est.
Toutes sortes de puces
C’est parce qu’il existe plusieurs sortes de puces que des applications aussi variées peuvent être envisagées. Les étiquettes RFID des vêtements de Marks & Spencers n’ont pas grand chose à voir avec les boîtiers qui équipent des containers. Au plus « bas » de l’échelle, les puces passives ne disposent souvent que d’une faible capacité d’enregistrement (un simple identifiant) et doivent être lues par un lecteur assez proche (quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres). Tout en haut, on trouve des puces actives (disposant de leur propre source d’énergie), qui peuvent avoir une mémoire bien plus importante, être réinscriptibles et signaler d’elles-mêmes leur présence à des capteurs plus éloignés.

Les puces RFID peuvent se présenter sous des formes très différentes. (www.br-online.de)
Identification et localisation
Bien des applications des puces RFID sont liées non seulement à l’identification des objets (voire des personnes), mais aussi à leur localisation. Savoir que c’est bien le container n°XV234 que j’ai en face de moi est une chose. Savoir qu’il vient de sortir du port à destination du terminal ferroviaire est plus important. Les puces elles-mêmes ne contiennent pas d’information de géolocalisation*. Cependant, à chaque identification, le gestionnaire connaît la localisation de la puce puisqu’il connaît celle du lecteur. Entre deux lectures, c’est le vide informatif, mais si le réseau des lecteurs est assez dense, une sorte de maillage géographique composé de points de passages se met en place. Le système peut fonctionner en sens inverse et le passage d’une puce à proximité d’un lecteur définissant une frontière autorisée, peut déclencher une alarme : c’est le geofencing, l’établissement de barrières virtuelles, comme en sortie de magasin ou dans un bâtiment sécurisé par exemple. Inutile d’avoir un système de localisation de type GPS dans un bâtiment ou une usine, mais sur de plus vastes territoires, le geofencing peut être complété utilement.
Couplage GPS, GPRS… pourquoi pas ?
Certaines applications, qui ne sont encore qu’en phase de test, pourraient coupler l’utilisation des puces RFID à la localisation par GPS ou via le réseau téléphonique. Ainsi, Agrostar, la filiale informatique du groupe STEF-TFE envisage d’associer des puces RFID semi-actives (elles-mêmes couplées à des capteurs de température) à un boîtier GPS pour assurer un suivi sans faille des palettes de produits surgelés. Ainsi, le capteur de température enverrait toutes les x minutes une valeur à la puce RFID pour stockage, qui la renverrait au boîtier GPS de localisation. Celui-ci, par le biais du réseau GPRS relayerait à son tour cette même information au centre de contrôle. Si une palette se réchauffe anormalement, une alarme serait déclenchée alors même que le conducteur poursuit son trajet. La position du camion étant également connue, un véhicule de relais peut être envoyé rapidement… Nomadic Solution, qui fabrique un boîtier GPS vient d’ailleurs de signer un accord avec deux fabriquant de puces RFID actives, Ingecom et le groupe Lagassé. Ce dernier peut désormais coupler son propre boîtier RFID qui comprend une puce active reliée à trois capteurs (température, pression et mouvement) à un GPS de localisation. Ainsi, les objets transmettent eux-mêmes toutes sortes d’informations, même en déplacement, à des systèmes d’information accessibles par Internet. C’est ce que l’on commence à appeler l’Internet des objets, où les machines parlent aux machines, sans intervention humaine.

Novacom Services a mis en place une solution de suivi et de traçabilité par GPS et RFID du transport des pièces de l’AIRBUS A380. Depuis les centres de fabrication situés en Allemagne, en Espagne, en France et au Royaume-Uni, les 6 pièces majeures de l’A380 ainsi que les pièces d’outillage associées sont suivies en temps réel sur l’ensemble du cycle de montage, transport, démontage et retour aux centres de fabrication.
Et le SIG dans tout cela ?
Alors que nous ouvrions notre numéro de novembre sur la vision développée par Michael Goodchild à propos des « capteurs humains » et la géographie volontaire, voilà que se dessine une autre approche, où les machines répertorient et suivent à la trace toutes sortes d’objets, déclenchent elles-mêmes des alertes et, pourquoi pas, des actions à distance. La « vision » cartographique risque pourtant d’être, là aussi, bien utile pour trier rapidement ces nouvelles masses de données. Une piste à suivre de près, avec ou sans GPS…
* Quoique ! L’ordre des géomètres envisage d’utiliser dans le futur des bornes actives, qui contiendraient une puce RFID permettant de stocker certaines métadonnées bien utiles (qui a placé la borne ? quand ? n° de dossier etc., ainsi que les coordonnées GPS officielles de la borne).