Les acteurs de l’information géographique se sont mobilisés très rapidement autour du séisme de Sendai qui a affecté le Japon le 11 mars dernier. La charte internationale espace et catastrophes majeures a été déclenchée, acteurs privés, institutionnels et associatifs ont mis leurs moyens à disposition pour cartographier les nombreuses conséquences de l’événement : localisation des messages de recherche de disparus, évaluation des dégâts, animation pour présenter le séisme et le tsunami, gros plans sur la centrale nucléaire de Fukushima…
Digital Globe a mis en ligne un résumé des images de l’explosion du troisième réacteur (www.digitalglobe.com)
Il est encore trop tôt pour dresser un bilan de ces images et notamment de leur utilité. Tentons simplement un inventaire (forcément partiel) de ce qui s’est fait et des nouveaux aspects de cette mobilisation.
Mobilisation satellitaire
Dès le 12 mars, la plupart des satellites commerciaux ont pointé sur le Japon, avec succès malgré une couverture nuageuse capricieuse. Le 18 mars, Digital Globe a annoncé avoir couvert 300 000 km2, grâce principalement à WorldView, dont les premières images ont été acquises dès le 12 mars. Côté GeoEye, des images ont été acquises dès le 13 mars par GeoEye-1 et par Ikonos dès le 17 mars (voir des extraits avant/après sur le site de GeoEye, très impressionnants). Des images SPOT 5 en date du 12 mars (quatre scènes sur Sendai) puis du 13 (partie plus au nord) ont également été utilisées. Des données TerraSAR-X ont également été récupérées dès le 12 mars. Le 14, RapidEye a annoncé la couverture d’une grande partie de la zone impactée. À noter le gros « coup de chance » de Digital Globe qui pointait sa constellation sur la centrale de Fukushima au moment même de l’explosion du troisième réacteur le 14 mars et a donc pu fournir des images quelques minutes avant et après l’explosion (http://www.digitalglobe.com/downloa...). L’agence spatiale japonaise (JAXA) a également mobilisé son satellite ALOS et rapidement proposé des web services d’accès aux données acquises.
Grosse production dans le cadre de la charte
Déclenchée en quelques heures par JAXA, la charte internationale espace et catastrophes majeures a permis la production de près d’une centaine de cartes en deux semaines. Les premières productions ont été des spatiocartes de situation, des évaluations des zones impactées par le tsunami à moyenne échelle (modélisation de la vague à partir du modèle numérique de terrain SRTM) suivies dès le 15 mars par des évaluations plus précises grâce aux nombreuses acquisitions satellites. Si l’agence spatiale allemande (DLR) et le SERTIT de Strasbourg (largement médiatisé pour une fois) ont assuré le gros de la production, d’autres organismes ont également été mobilisés : universités, Clark Lab, entreprises privées. C’est la première fois qu’autant d’organismes ont publié des cartes estampillées « charte ». Toutes les ressources satellites ont été exploitées : WorldView 1 et 2, constellation RapidEye, Spot 5, Radarsat 1 et 2, TerraSAR-X, QuickBird, Ikonos… Autre nouveauté, l’exploitation du fond routier Open Street Map (OSM) dès les premières productions sur certaines zones. (www.disasterscharter.org).
Les acteurs privés y vont tous de leur coup de main, avec plus ou moins de succès
Dès le 12 mars, Google proposait un premier KML qui s’est enrichi avec les images acquises au cours des jours qui ont suivi la catastrophe. Depuis, l’entreprise a mis en place des pages spéciales permettant d’utiliser Google Maps et Google Earth pour rechercher ou donner des informations sur les disparus. Inutile de préciser que le globe virtuel Google sert de base à la visualisation de nombreux produits cartographiques. Microsoft, par contre, s’est fait taper sur les doigts par les internautes à la suite de son message posté sur Twitter qui promettait de verser un dollar à une liste d’associations humanitaires pour chaque reprise de son message sur le réseau social, dans la limite de 100 000 dollars. Excuses rapides et engagement de l’entreprise à verser 2 millions de dollars. ERDAS a mis en place un service d’accès Web à des images GeoEye et Ikonos avant et après crise. ESRI a également ouvert des pages spéciales. L’éditeur met ses ressources à la disposition des ONG et des intervenants de terrain. Il propose également quelques cartes en ligne originales, notamment celles référençant l’activité des médias sociaux (localisation de vidéos, de messages Ushaidi…). SPOT Image a mis son application d’analyse quotidienne (Spot Monitoring) à base d’images Formosat-2 centré sur les zones à fort enjeu au service de tous. La DLR a annoncé le 25 mars qu’elle allait continuer l’acquisition systématique d’images TerraSAR-X pendant trois mois sur la côte ouest (mode StripMap à 3 m de résolution) et mettre ces données à disposition gratuitement de la communauté scientifique.
Rassemblement d’informations
Cette avalanche d’images après crise n’a pas seulement permis de visualiser les conséquences du séisme et du tsunami. Elle a également servi à saisir de l’information (évaluation des dégâts, des populations et des bâtiments touchés par les services de cartographie rapide, travail d’Open Street Map sur les routes coupées, par exemple). D’autres cartes plus thématiques ont rapidement circulé sur Internet, qui exploitent des données officielles peu visibles sur les sites des institutions qui les produisent : niveau de radioactivité par préfecture (http://www.targetmap.com/viewer.asp...), nombre de disparus et lien avec les messages de recherche (www.sinsai.info, l’Ushaidi japonais sur fond OSM et le site d’OSM, (http://wiki.openstreetmap.org/wiki/... qui référence de nombreuses actions), localisation des ONG, des centres d’hébergements… Les sites qui rassemblent ces informations sont de tous types : médias (New York Times), universitaires/communautaires (http://gis.ats.ucla.edu/japan/, une collaboration entre CrisisCommons, GISCorps et UCLA), ou privés (pages ESRI par exemple). Vous avez même la possibilité de modéliser vous-même l’arrivée du nuage radioactif, en utilisant le site de l’ARL (Air Ressources Laboratory). C’est sans doute là que l’on atteint la limite de l’exercice car le site, qui sert à calculer des panaches de fumée en faisant appel au calculateur du gouvernement américain implique de bien connaître les paramètres de modélisation, ce qui est loin d’être à la portée du premier internaute venu (http://ready.arl.noaa.gov/hysplit-b...). Quelques animations sont également visibles, notamment sur les nombreuses secousses liées au séisme (http://www.japanquakemap.com/).
Sur Targetmap, le niveau de radioactivité par préfecture
Quel rôle pour ces cartographies ?
Reste toujours la même question, est-ce que ces nombreuses productions sont « utiles » ? La NGA, l’agence cartographique militaire américaine a publié des atlas pour les équipes de recherche de disparus (au 1/6 000). Il faut dire que les États-Unis ont été très présents dans cette phase de secours dans le cadre de l’opération Tomodachi (plus de 10 000 personnes déployées). Si l’évaluation rapide des dégâts, produite notamment dans le cadre de la charte, est essentielle pour l’organisation des premiers secours, les productions qui ont envahi la toile servent avant tout à donner à voir et à faire comprendre l’événement, avec toutes les limites liées à l’accumulation de données. Maintenant que le Web est clairement identifié comme un outil pour la recherche de disparus, l’enrichissement des sites par une interface cartographique est sans doute un plus non négligeable, mais cela mériterait une analyse plus poussée, qui ne sera pas possible avant quelques temps.
Une topographie tourmentée
Le tremblement de terre, s’il a fait peu de victimes directes, a également des conséquences sur la topographie du Japon. En effet, les mouvements ont concerné une zone importante (environ 400 km sur 100 km) et les déplacements enregistrés par le réseau de stations permanentes ont été impressionnants, parfois de plusieurs mètres, montrant bien le phénomène de vague souterraine. Même s’il reste peu de déformations résiduelles (environ 2 mè sur certaines zones, notamment autour de la centrale de Fukushima), le Japon va devoir adapter sa grille de correction pour que les nombreuses mesures GPS qui seront effectuées lors de travaux de construction ne soient pas erronées.
Vue globale
La catastrophe ayant affecté un pays « développé » et surconsommateur d’électricité, ce sont sans doute les images de nuit du programme satellitaire de météorologie de la défense américaine (DMSP : Defense Meteorological Satellite Program) qui en montrent le mieux l’impact, en donnant à voir la baisse des « lumières de la ville ». (http://mapserver.ngdc.noaa.gov/cgi-...)

Pour s’y retrouver
http://www.un-spider.org/japan-pacific : liens vers de nombreuses images et cartes produites soit dans la cadre de la charte, soit dans d’autres cadres.
http://supersites.earthobservations... : rassemble de nombreuses données scientifiques et notamment les analyses par interférométrie du séisme.