Qui l’eut cru ? Alors que l’Ordnance Survey (l’équivalent britannique de l’IGN), pratiquait un modèle économique plus que libéral, c’est le premier ministre en personne, Gordon Brown, qui a annoncé le 17 novembre la mise à disposition gratuite de certaines bases de données dès avril 2010. Un meilleur fonctionnement démocratique a été mis en avant.
L’Ordnance Survey britannique ne bénéficie plus de subvention directe de l’Etat, et il reverse une partie de ses bénéfices à son autorité de tutelle : le département des collectivités locales et territoriales (Department for Communities and Local Government). Pourtant, c’est Gordon Brown qui a annoncé, le 17 novembre, que le modèle économique de l’établissement allait changer. Manifestement, l’annonce a surpris car Vanessa Lawrence, directrice générale de l’Ordnance Survey, faisait le lendemain une intervention au Chili dans le cadre de la conférence internationale de cartographie (ICC 2009) sans en toucher mot. The Guardian, journal qui milite activement depuis plusieurs années pour la fourniture gratuite des données publiques (initiative « make public data public ») cite les représentants syndicaux, manifestement étonnés eux-aussi par l’annonce jugée « en complète contradiction avec la stratégie de l’Ordnance Survey qui consiste à explorer de nouvelles opportunités commerciales et sources de revenu ».
Un mouvement de fond
Pourtant, l’annonce est dans la droite ligne d’un vaste mouvement d’amélioration de la transparence du gouvernement, de recherche d’efficacité dans les services publics et de mise à disposition d’information pour créer plus de valeur économique et sociale. Si l’annonce du 17 novembre a été centrée sur les données de l’Ordnance Survey, 2 000 jeux de données seraient aujourd’hui sur la sellette du gouvernement, touchant à de nombreux domaines (comptage des véhicules sur les autoroutes, textes législatifs…). Par ailleurs plusieurs rapports ont suggéré que cette gratuité pourrait rapporter bien plus que son coût nominal.
Encore des incertitudes
Attention cependant, toutes les données de l’Ordnance Survey ne seront pas concernées, loin s’en faut. Les contours des zones postales (soit une partition du Royaume-Uni en 124 zones), les zonages électoraux et les limites des collectivités locales (l’équivalent de notre GeoFla) ont été clairement mentionnés. Mais le flou est encore de rigueur sur les autres données, puisque le premier ministre a simplement parlé des « informations de cartographie à moyenne échelle ». Si l’on s’en tient aux définitions pratiquées par l’Ordnance Survey, cela devrait concerner les données raster et vecteur comprises entre le 1/10 000 et le 1/50 000, soit trois couches raster, les modèles numériques de terrain, l’équivalent de notre BD Topo ainsi que la base de données des codes postaux détaillés. Une consultation sera lancée en décembre pour préciser les données concernées et les modalités de cette diffusion gratuite, qui devrait a priori être compensée par une subvention de l’Etat.

Pour Ed Parsons, ancien directeur technique de l’Ordnance Survey et aujourd’hui chez Google, cette mise à disposition gratuite ne devrait pas impacter tant que cela le modèle économique de l’établissement, qui tire la majeure partie de ses revenues des données à plus grande échelle.
N’en saluons pas moins ce geste qui pourrait inspirer la France !